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Star Tours, l'attraction terrestre - Épisode I  posté le jeudi 13 décembre 2007 12:02

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En 1995, Jacques Goimard, avec qui je travaille déjà sur certains ouvrages tirés de La Guerre des étoiles, me confie la rédaction d'un des chapitres de son projet : Le Dossier Star Wars, à paraître chez Omnibus.

Fricotant déjà avec le monde des parcs de loisirs, et connaissant le concepteur Tony Baxter, je propose d'écrire la partie consacrée à Star Tours, la formidable attraction installée en 1987 à Disneyland.

Comme on célèbre le vingtième anniversaire de cette petite merveille, je vous propose donc de découvrir ce texte, exhumé de mes holocrons d'archivage...

« Et si nous faisions comme si tout allait de travers ? »
Tony Baxter n’en croit pas ses oreilles. Concepteur et dessinateur pour Disneyland, il vient de passer plusieurs mois à étudier des projets qui permettraient d’installer sur le parc californien des attractions inspirées de la saga de La Guerre des étoiles. Disneyland, lieu de distraction familial par excellence, est connu comme un endroit où fondamentalement rien ne peut aller de travers ; or George Lucas vient d’annoncer à Baxter qu’il est temps de bouleverser les traditions.

Nous sommes en 1985, Disneyland est ouvert depuis trente ans, le public a évolué, tout va plus vite, et l’arrivé de manèges de plus en plus extravagants dans tous les parcs du monde déclenche une compétition acharnée entre les professionnels de l’amusement. Si Disneyland veut rester dans course et se débarrasser de l’imagerie gentillette de « petits mickeys pour petits enfants », il est temps de passer à la vitesse supérieure. Être le meilleur ou ne pas être du tout, telle est la question. Une étroite collaboration entre deux leaders du loisir comme Disney et Lucas s’impose. Telle est la réponse.

Petit retour en arrière, 22 septembre 1984, 11h40 : Michel Eisner, transfuge prodige de Paramount Pictures prend en main les rênes de la compagnie Disney. Les films jugés trop simplets n’attirent plus les spectateurs dans les salles, la fréquentation des parcs baisse de 10% par an depuis l’ouverture d’EPCOT en Floride en 1981, le montant total des dettes contractées par la société est sur le point d’atteindre le milliard de dollars. Eisner, nouveau monarque du Royaume Magique, relance la machine économique de l’entreprise en lui créant une image plus adulte. À coup de contrats méticuleusement calibrés, les stars du showbiz sont appelées à la rescousse. On parle même de Michael Jackson, visiteur assidu des parcs Disney, comme vedette possible d’une nouvelle attraction. Le chanteur accepte à la seule condition que Steven Spielberg ou George Lucas supervise l’opération. Le choix de l’attraction se porte sur un film en relief, Captain Eo, dont certains effets (laser, fumée…) seront créés en direct dans la salle où se déroule la projection. Spielberg, retenu ailleurs, passe le flambeau à Lucas
Ce dernier, grand amateur de parcs puisqu’il se rend régulièrement à Disneyland depuis l’année de son ouverture, se charge de la production du film dont il confie la réalisation à Francis Ford Coppola. Lucas connaît bien le nouveau patron de Disney : quelques années auparavant, alors qu’il était à la tête de Paramount, Eisner a approuvé le script des Aventuriers de l’Arche perdue, une décision qui s’est avérée hautement rentable pour le studio. C’est donc sous les meilleurs auspices possibles que Captain Eo est mis en chantier.Les relations entre Lucasfilm et Disney sont au beau fixe et les imagineers — contraction anglo-saxonne très « disneyenne » d’imagination et d’ingénieur qui définit les concepteurs d’attractions — jouent avec l’idée de pouvoir un jour plonger les visiteurs de Disneyland au cœur de la guerre des étoiles…

Les projets s’entassent sur le bureau de George Lucas. On parle d’un « Star Wars Land », complexe entièrement thématisé qui viendrait se greffer à Tomorrowland, la zone futuriste du parc californien. Le centre serait un restaurant inspiré de la cantina de Mos Eisley, autour duquel rayonneraient les attractions. Le ciel est la seule limite, dit-on chez Disney, mais ici, comme il s’agit de cieux étoilés, la limite est encore plus éloignée. Toutes les idées, aussi farfelues soient-elles, sont donc décortiquées.
Différents concepts fusent : on envisage une course folle dans les canyons de Tatooine, un grand huit dans le noir simulant les évolutions acrobatiques des chasseurs rebelles au son du célèbre thème musical composé par John Williams. Ce dernier projet est abandonné pour cause de trop grande ressemblance avec Space Mountain, l’attraction vedette de Tomorrowland. L’idée de « grand huit musical » fera cependant son chemin, puisque c’est l’un des atouts techniques de la nouvelle version de Space Mountain installée à Disneyland Paris. Rien ne se perd, tout se transforme…

À suivre
(restez en ligne, donc)

Notes :
Michael Eisner a quitté Disney en 2005. Il a passé les dix premières années à redresser la barre et les dix dernières à n’en faire qu’à sa tête, s’attirant les foudres du conseil d’administration. Après un nouveau flou, la compagnie est de nouveau (on espère) entre de bonnes mains. Steve Jobs (patron d’Apple) en est le principal actionnaire et John Lassetter (tête pensante de Pixar) en est le responsable créatif.
L’attraction Captain Eo a cartonné dans les parcs Disney du monde entier (Californie, Floride, Japon, France). Le film, qui avait coûté à l’époque plus d’un million de dollars par minute (il en compte 17 !) a été projeté pour la toute dernière fois le 17 août 1998 au parc de Marne-la-Vallée. 

(image © Disney / Lucas)

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